La Mythologie Grecque ? ? ?

Pourquoi trois points d’interrogation…

Le premier point, c’est : quand ? c’est à dire : à quelle époque est née réellement la mythologie Grecque ?

 

Le deuxième point, c’est : où ? dans quel lieu et dans quel contexte la mythologie est elle née ?

 

Le troisième point, c’est : pourquoi ? quelle est la raison, l’utilité de ces mythes et dans quel but ont’ils étés créés ?

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Quand ?

La première mention des dieux Grecs, se situe vers le XIVème siècle avant notre ère, nous savons cela grâce au déchiffrement du « linéaire B » par M Ventris en 1952. M Ventris a prouvé que l’écriture provenant des palais Mycéniens était bien du grec, et ces textes, font référence à plusieurs dieux comme Poséidon, Zeus, Héra, Arès. Ces textes sont par ailleurs très avares en informations, puisque ce sont des archives recensant les marchandises stockées dans les magazins des palais. Certains noms ressemblent à une forme antérieure de : Hermès, Apollon, Artèmis etc… Les noms de déesses prédominent, comme celui de Potnia ou Po-ti-ni-ja, certainement une grande déesse.

 

 

Où ?

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C’est donc dans les palais Mycéniens que ces textes ont été trouvés ; la question qui se pose ensuite est : est-ce que c’est la civilisation Mycénienne qui est à l’origine de ce panthéon divin ?

Beaucoup de tablettes de « linéaire B » ont été trouvées dans les palais Mycéniens en Crète ; ces palais Mycéniens ont simplement été construits sur les ruines des palais Crètois - avec ce que les données archéologiques nous ont transmis - ces deux civilisations auraient fusionné, de gré ou de force.

La relation des Mycéniens avec la civilisation Minoenne est incontestable mais quel a été l’apport culturel et surtout cultuel des crètois ?




Il est certain que les indo-européens arrivés en Grèce vers 1900 avant JC et nommés Mycéniens, depuis le début du 20eme siecle par Schliemann, ont amené avec eux leurs propres cultes. Le système mythologique Grec est très proche de l’énorme mythologie indienne, mais y a t-il tellement de différence avec les autres mythologies d’autres civilisations non indo-européennes ?

Il y a vraiment peu de différences dans la structure même des mythes qu’ils soient Sumériens, Babyloniens, Hittites, etc… nous retrouvons toujours une création du monde puis une organisation divine de ce monde, ensuite viennent des conflits inévitables, qui créeront de ce fait des épopées.

Les traces d’une prédominence des déesses dans les tablettes du linéaire B, sembleraient indiquer un lien continu entre les civilisations Cycladiques datant du néolithique où la Déesse-Mère était la principale représentation divine, et la civilisation Minoenne qui les a supplanté.

En attendant le déchiffrement du « linéaire A » qui serait purement Crètois, les mythes Grecs sont Mycéniens…de fait.

Les mythologues estiment que l’épopée des Argonautes - si elle a des racines  historiques - remonterait à 1500 avant J C ; d’autres spécialistes placent la quête de la toison d’or vers 1300, puisque les protagonistes de l’Iliade, qui sont les fils des compagnons de Jason, participent à la prise de Troie, entre 1200 et 1250 av J C.

 

 

Si nous interrogeons les textes mythologiques, nous trouvons des références importantes concernant l’ile de Crète, par exemple : à la naissance de Zeus, le nourisson est amené en sûreté dans une grotte de Crète, vraisemblablement la grotte du mont Ida, par sa grand-mère, GAIA.

 

 

 

 

 Ce qui signifie que la terre de naissance du maitre des dieux et de la Grèce est la Crète. Le message est clair et démontre le lien d’antériorité de la culture Minoenne sur la civilisation Mycénienne.

 

De surcroit la photo ci-dessus à été prise sur le site de Phaiestos, dont les archéologues ne connaissent pas vraiment la fonction : il s’agirait du palais d’hiver des rois Minoens, en rapport avec le palais de Cnossos, ou encore : d’un lieu de culte éminent, ce qui expliquerait la salle des bains rituels, derrière les appartements royaux.

Le site de Phaiestos est orienté au sud, face au mont Ida : au soltice d’hiver, l’étoile polaire devait apparaître entre les deux éminences de ce mont à la cime si particulière.

 

 

 

 

mont-grotte-ida.jpgLa grotte de Zeus



Etrange similitude, pour un peuple qui ornait le fâite de ses murs avec le symbole des cornes de taureaux.

 

Il semble donc que le dieu suprème des grecs était bien honoré à l’époque Minoenne, ce qui ferait remonter l’origine de ce système cosmogonique, théogonique ainsi que ces diverses épopées, à la période située entre 1700-1800, ou à la naissance des premiers palais Minoens vers 1900 avant J C.

 

 

Pourquoi ?

La raison d’être des mythes est d’éduquer les hommes et non de les amuser, comme certains savants du 19 ème siècle l’estimaient à propos des mythes et légendes.

Des notions ésotériques et spirituelles sont indispensables pour comprendre ces histoires. Les recherches de C.G. Jung dans le monde de la mythologie indienne et dans celui de l’alchimie, lui ont permi de décrire son enseignement des archétypes, communément admis maintenant.

Disons tout net que les mythes cosmogoniques et théogoniques étaient une trame permèttant à une école des Mystères de développer au fur et à mesure de ces histoires, un enseignement d’initiation. Cet enseignement favorise l’écoute du coeur à la résonnance de ces histoires et permet la compréhension des forces de l’univers, des plus subtiles aux plus naturelles. L’homme, le futur initié, pouvait petit à petit, appréhender les forces d’énergies qui le traversent constamment, sentir leurs différentes essences changeantes selon les moments et les situations, les connaître parfaitement et sentir le lien qui l’unit à la création constante de l’univers.

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Ce chemin d’initiation fait d’un homme, un  co-participant des forces d’énergies qui l’entourent et le pénètrent ; aussi sa démarche ne peut plus être basée sur l’egocentrisme puisqu’il n’est plus perdu, seul et sans objectif. La connaissance du but de la création l’oblige à suivre le mouvement divin et à œuvrer, dans ce sens. C’est ensuite le chemin décrit dans les épopées qui devra être vecu par le myste, le candidat au retour vers le divin, à la fusion avec Dieu en tant que principe unique-essentiel-créateur, quelque soit son nom.

Ces épopées sont très différentes et dissemblables parce que chaque homme est sur une spirale particulière selon sa compréhension, sa charge karmique et son désir de découvrir

 le sens ultime du monde et de lui-même.

Le lien qui unit l’homme au divin est toujours là, présent éternellement, encore faut-il se tourner vers lui, et pour cela vaincre l’anxiété causée par sa malheureuse existence, vaincre le doute qu’il existe autre chose que nous-même et accepter enfin simplement l’écoute de la parole de dieu.


 

 

Petite bibliographie

La civilisation Minoenne par Stylianos Alexiou,  Heraklion

La Crète Minoenne par Andonis Vassilakis, ed Adam

La vie quotidienne en Crète au temps de Minos par Paul Faure, ed hachette

La seconde fin du monde – Mycènes et la mort d’une civilisation par Henri Van Effenterre, ed des Hesperides

Les mycèniens par Isabelle Ozanne, ed Errance 1990

Po-ti-ni-ja, l’élément féminin dans la religion mycénienne par Cécile Boëlle, ed Adra-nancy

 

Maintenant avant les études qui suivront ou la théogonie Grecque sera disséquée, voyons de quelle manière j’ai appréhendé la lecture de ces textes et quels textes m’ont été le plus utiles…

Le tout premier de ces textes est les Argonautiques d’Apollonios de Rhodes.

Même si ce récit est tardif : vers 250 AV JC, il est à mon sens un texte purement initiatique et l’auteur, qui à été conservateur de la fameuse bibliothéque d’Alexandrie, a fait ressurgir le vrai message de la quête de la toison d’or, tel qu’il était à l’origine.

Ma démarche n’a pas été celle d’un historien, qui ne doit écarter aucun texte ayant trait à son sujet d’études, car les divers textes se rattachant à la quête de la toison d’or, ou plus largement à la mythologie, n’ont pas tous le même but !!!

 

         A présent, nous nous trouvons devant d’autres points d’interrogation :

 

Qu’est ce que la mythologie Grecque ?

 

--Il s’agit un ensemble de textes, grecs aussi bien que Latins, depuis l’époque du grand Homère à l’existence hypothétique, au 9ème siecle av. JC, jusqu'à : Nonnos de Panopolis vers le cinquiéme siecle de notre ère.

1400 ans – environ - d’écrits mythologiques, de fables, de contes de toutes sortes…

les textes les plus complets ont surgi : sous la plume de l’illustre Homère, puis suivront le grand Hésiode, ensuite Pindare, et les classiques : Sophocle, Eschyle, Euripide, Aristophane, puis vient Diodore de Sicile, et par la suite les latins : Ovide, Virgile, Apulée ; enfin viendront ceux qui ont tenté d’élaborer une synthèse : Apollodore avec sa Bibliothéque et Nonnos de Panopolis. Il existe également les textes rattachés à l’école des mystères d’Orphée…voila pour les plus importants.

Bien des textes ont disparu hélas, tel les Hérakléides du VII ème siecle, le texte initiatique des mystères d’Héraklés avec sa régénération imagée par les « travaux », jusqu’à sa transfiguration par le feu intérieur, (la version la plus complète se trouve chez Apollodore).

 

Comment le peuple Grec percevait’il la mythologie ?

 

--Vers le septième siécle av JC, déjà, un auteur récuse ces mythes qu’il perçoit commes des sornettes, (il ne sera pas le seul) ce qui indique le poids culturel de la mythologie sur le peuple Grec. C’est une réaction normale si l’ont considère que la Gréce avait déjà à cette époque une continuité de culture mythologique longue de presque un millénaire.

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Ensuite la période classique transforme ces textes, en invente d’autres, les imprégne de la raison purement intellectuelle, et de rationnalité, soit en gardant comme Sophocle ou Eschyle, un message profond, une intérrogation dans leurs écrits, soit laissent libre cours à leurs créativité, leurs fantaisies, comme Euripide, Aristophane ou Ovide.

Cette période n’est plus reliée par la mythologie à l’enseignement initiatique des écoles des mystères, la mythologie laisse la place aux philosophes comme Pythagore, Héraclite d’Ephèse ou Socrate et Platon, pour que ceux-ci enseignent directement une vision de la réalité spirituelle qui existe en l’homme.

 

--C’est également vers le septième siecle que surgit l’Orphisme, courant d’initiation spirituel qui reprend les textes mythologiques, les adaptant à son enseignement et à son époque. Il est étrange de voir dans ce même siècle ; d’un coté un rejet des mythes, et de l’autre, un retour à ces mêmes mythes, dans une doctrine plus ou moins secrète.

 

Vers le troisième siecle avant JC, on assiste à un regain d’intérêt pour la mythologie : il faut retransmettre pour le peuple Grec, le vrai sens de ces histoires qui ont été bien malmenées... ainsi d’Alexandrie, nous vient Apollonios de Rhodos et « ses Argonautiques ».

Voici donc un disciple d’Apollon, un disciple de la lumière, venu du pays des roses.

 

 

La quête de la toison d’or m’a placé devant une forme particuliere de chemin initiatique : celui de l’humanité entière, c’est à dire la voie spirituelle inéluctable que le peuple, la totalité des hommes doit employer. Ce chemin à déjà été esquissé dans une page précédente de ce blog, j’y reviendrais en détail par la suite. Mais le chemin des Argonautes est un élément d’une fresque fantastique qu’il m’a fallu étudier, et le texte le plus complet sur la naissance des dieux et de l’univers est la Théogonie d’Hésiode, cet écrit à été inspiré par les dieux à un simple pâtre. C’est par l’explication de ce texte que commenceront les pages futures …

 

Autre point d’interrogation :

 

De quel manière un homme peut-il comprendre, appréhender le sens véritable qui se cache derrière ces contes fabuleux ?

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C’est simple pour celui qui écoute avec son cœur et qui ne se laisse pas distraire par son mental, (comme ceci peut-être facilement dit et aussi peu évident à exercer).

Les textes sont assez explicites par eux-même, à condition de ne pas perdre le fil, c’est à dire la raison d’être de ces histoires : éveiller ce qui sommeille en l’homme.

Pour décripter ces légendes, il faut faire attention au sens précis de chaque mot et de chaque nom - car chaque épisode, chaque situation est importante et  contient dans ses termes sa propre signification. Il est important de se rapporter aux racines Grecques, et de les approfondir, car elles sont essentielles et surtout il faut les approfondir, car les dictionnaires ont été faits à partir du Grec de l’époque classique et les termes, les noms contenus dans les mythes sont de beaucoup antérieurs à cette époque.

 

Un « petit » texte de Platon a été mon guide :  le Cratyle…

Socrate s’y essaye au sens des noms, puis entrevoit la signification des noms des dieux et va jusqu’au sens profond du son en lui-même…

 

A suivre

L'Aede

 

Bibliographie

Le Cratyle de Platon, ed Garnier Flammarion ou ed Belles Lettres

La plupart des mythologues cité plus haut sont disponible aux édition Belles Lettres sinon aux éditions Garnier ou Gallimard

Hymnes d’Homere ed Belles Lettres

Hésiode : Théogonie par Annie Bonnafé ed Rivage poche (j’aime bien cette traduction)

Hésiode : tous ces textes en un volume aux ed Belles Lettres

La Bibliothéque d’Apollodore, centre de recherche d’histoire ancienne associé au CNRS - annales littéraires de l’université de Besancon

Les ouvrages de Jean-Pierre Vernant :

Mythe et religion en Grèce ancienne ed Seuil

Mythe et pensée chez les Grecs  ed La Découverte

Mythe et société en Grèce ancienne  ed La Découverte

ainsi que ceux de Marcel Detienne :

Les maîtres de vérité dans la Grèce antique. Ed  LGF réferences

Dionysos le mythe et le culte par W Otto ed Mercure de France 1969

Legendes et culte des héros par Marie Delcourt ed P U F

Les mystères d’Eleusis par Victor Magnien ed Payot 1938 (magistral)